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27 juin 2008

Qu’y a t-il derrière la menace de guerre contre l’Iran : L’arme nucléaire ou les intérêts composés ?

Le 25 octobre 2007, les Etats-Unis annonçaient de nouvelles et sévères pénalités contre une unité d’élite de l’armée iranienne et contre le système bancaire de l’Etat. Les sanctions, la rhétorique belliqueuse et l’implicite menace d’une action militaire sont les aiguillons d’une autre guerre, qui fait craindre que cela ne déclenche un holocauste nucléaire, au lieu de l’empêcher. Pourquoi l’Iran est-il considéré comme une telle menace ? l’explication officielle est que le pays planifie le développement d’armes nucléaires. Pourtant, le Directeur de l’agence de l’ONU, l’AIEA, affirme qu’il n’a “aucune preuve concrète “d’un programme iranien d’armement. [1] Quand bien même il en existerait un, un certain nombre de pays ont déjà testé, ou possèdent, des armes nucléaires en dehors du Traité de non prolifération, incluant le Pakistan ; la Corée du Nord, l’Inde et probablement Israël. Pourtant nous ne considérons pas cela comme une étape vers une action militaire. L’Iran rejoindrait juste la longue liste des puissances nucléaires.

Une autre théorie explique que la tension vers la guerre a pour principale cause le pétrole ; mais l’Iran ne fournit que 15% des exportations totales de pétrole du Golfe Persique. [2]

Une troisième théorie dit que les tentatives d’intimidation portent sur la défense du dollar. L’Iran menace d’ouvrir sa propre bourse du pétrole, et a déjà vendu environ 85% de son pétrole dans des monnaies autres que le dollar. L’Iran à desserré l’étau du pétrodollar imposé en 1970 lorsque l’OPEP a accepté l’accord secret avec les USA afin de vendre le pétrole uniquement en dollars américains. Le Dr Krassimir Petrov a exposé ce motif dans un éditorial de 2006 de Gold-Eagle.com :

Aussi longtemps que le dollar sera le seul moyen de paiement accepté pour les transactions sur le pétrole, sa domination dans le monde sera assuré, et l’Empire américain pourra continuer à taxer le reste du monde. Si pour une raison quelconque le dollar perd le soutien du pétrole, l’Empire américain cessera d’exister. Aussi la survie de l’Empire impose que le pétrole ne soit vendu qu’en dollars... Si quelqu’un demandait à changer de mode de paiement, il devra être persuader, par des pressions politiques ou militaires, de changer de point de vue. [3]

C’est une théorie intéressante, mais insuffisante pour expliquer tous les faits. En mars 2006, un éditorial de Asia Times Online, de William Engdahl relevait que la guerre avec l’Iran faisait partie intégrante de la stratégie américaine du Grand Moyen Orient depuis les années 1990, bien avant que l’Iran ne menace d’ouvrir sa propre bourse du pétrole. [4] Et l’Iran n’est pas le seul pays a vouloir retirer le dollar du marché pétrolier. Pour restreindre les risques monétaires, la Russie à prévu d’ouvrir une Bourse de l’énergie à St Petersbourg l’année prochaine pour commercialiser le pétrole en roubles, ce qui aurait un impact bien plus grand que la bourse du pétrole iranienne. Les banques centrales du Venezuela, de l’Indonésie, des Emirats Arabes Unis ont tous indiqué qu’ils investiront moins de leurs réserves dans des actifs monnayés en dollars du fait de l’affaiblissement de cette monnaie. Lorsque ces 5 pays ont utilisé d’autres monnaies pour leurs transactions sur le pétrole, les États-Unis se sont-ils senti obligés de les envahir ?

Ces théories ont toutes leur mérite, mais aucune ne semble suffisante pour expliquer ces bruits de bottes. Qu’y a t-il de spécial en Iran ? Ici réside une autre possibilité : l’Iran n’est pas seulement une sérieuse menace à cause du pétrole ou du dollar, mais à cause d’une arme financière secrète qui maintient au pouvoir l’empire mondial des banques.

Intérêts composés [5] :

Arme financière de destruction massive

Vers 1980, lorsque les taux d’intérêt étaient très élevés, Johnny Carson ironisa lors de l’émission Tonight Show, sur ces “scientifiques qui ont développé une nouvelle arme capable de détruire les hommes tout en laissant intacts les immeubles - Cela s’appelle le taux d’intérêt à 17%”. Les intérêts composés sont l’arme secrète qui permet au cartel bancaire mondial de contrôler la plupart des ressources de la planète. Le piège de la dette s’est refermé sur beaucoup de pays en 1980, lorsque les taux d’intérêts internationaux ont grimpé à 20%. A 20% d’intérêt composé par an, 100 $ doublent en 4 ans ; et en 20 ans, ils atteignent la somme époustouflante de 3 834 $. [6] L’impact dévastateur sur les débiteurs du Tiers Monde fut mis en évidence par le président Obasanjo du Nigeria. En l’an 2000, le président Obasanjo s’exprima ainsi au sujet du fardeau que les créanciers internationaux faisaient supporter à son pays :

“Tout ce que nous avons emprunté jusqu’à 1985 tourne autour de 5 milliards de dollars, et nous avons remboursé environ 16 milliards de dollars ; pourtant on nous a dit que nous devions encore environ $28 milliards. Ces 28 milliards proviennent de l’injustice des taux d’intérêts des créditeurs étrangers. Si vous me demandez qu’elle est la pire chose au monde, je vous répondrais que ce sont les intérêts composés [7]”.

Ce que les banquiers nomment “miracle” des intérêts composés s’appelle “ l’usure” selon la loi islamique, et est considérée comme un crime. C’est également un crime selon la vieille loi anglaise du 16° siècle, lorsque Martin Luther redéfinit le délit d’usure dans le sens de percevoir des intérêts excessifs. Les penseurs islamiques modernes ne sont pas opposés a un retour sur investissement sous la forme d’un intéressement aux bénéfices, avec des investisseurs qui prennent des risques et partagent les pertes ; mais l’usurier n’a pas ce genre de risques. En fait il se porte bien lorsque l’emprunteur est défaillant. L’emprunteur qui n’est pas en mesure de rembourser s’enfonce de plus en plus profondément dans la dette du fait des intérêts composes annuellement dus au prêteur.

Le piège de la dette qui s’est refermé en 1980 fut conçut en 1974, lorsque l’OPEP fut persuadé de vendre son pétrole exclusivement en dollars américains. Le prix du pétrole a soudainement quadruplé, et des pays ayant insuffisamment de réserves en dollars pour payer leur pétrole durent emprunter aux bailleurs internationaux. Vers 2001, la somme transférée des débiteurs du Tiers Monde vers les principales banques mondiales, aurait permit de rembourser plus de 6 fois le capital initial, mais les intérêts ont absorbé la plupart de cet argent au point de faire quadrupler la dette [8]. En 1980, le revenu médian des 10% les plus riches était 77 fois plus important que celui des 10% les plus pauvres. En 1999 le fossé s’est creusé jusqu’à 122 fois. En décembre 2006, les Nations-Unies ont publié un rapport intitulé “ Distribution de la richesse des ménages dans le monde” qui conclut que 50% de la population mondiale détient seulement 1% de la richesse, tandis que 10% des adultes les plus riches détiennent en détiennent 85%. Avec les intérêts composés annuels, la dette des nations les plus pauvres ne pourra jamais s’éteindre, elle ne pourra que grossir.

La machination des banques privées
C’est cette machination de la dette, avec son arme létale des intérêts composés annuels, qui permet à une clique de financiers de dominer le monde des affaires. Dans “Tragédie et espoir”, le professeur Caroll Quigley qui a une connaissance personnelle de la clique financière décrit ce qu’il nome simplement : “l’internationale des banquiers”. Le Dr Quigley, qui fut le mentor de Bill Clinton à l’Université de Georgetown, explique que le but des banquiers internationaux n’est “ rien moins que la création d’un système financier international aux mains du secteur privé, en mesure de dominer le système politique de chaque pays et l’économie mondiale dans son ensemble”, un système “contrôlé de manière féodale par les banques centrales agissant de concert, par le biais d’accords secrets [9].” La clé du succès des banquiers, pour contrôler et manipuler le système monétaire, était de faire semblant qu’ils étaient contrôlés par les gouvernements.

La plupart des pays sont maintenant insérés dans le système global de banques privées, dans lequel la majeure partie de la monnaie crée par les banques commerciales l’est sous forme de prêts portant intérêts. Aux Etats-Unis aujourd’hui, la seule monnaie crée par le gouvernement est sous forme de pièces, ce qui constitue un millième de la masse monétaire totale. Les billets de la Réserve Fédérale sont fabriqués par une société bancaire privée et sont prêtés au gouvernement. Cependant la plus grande partie de la masse monétaire est créée lorsque les banques commerciales accordent des prêts. Elles le font par le jeu des écritures comptables : la somme correspondant au billet à ordre de l’emprunteur est simplement créditée comme un dépôt sur son compte et compensée par l’inscription d’un montant correspondant dans le livre des comptes de la banque [10].

L’alternative à cette indépendance des “banques centrales “ est ce qu’il est convenu d’appeler “banques nationales”. Une banque centrale d’Etat émettant la monnaie comme agent du gouvernement, et le gouvernement dépensant cet argent ou l’injectant sous forme de prêt pour le développement de l’économie interne et les besoins de la population. Le “seigneuriage” de cette monnaie - la différence entre le coût de la création et sa valeur nominale - revenant au gouvernement qui s’est endetté sans intérêts. L’objectif de l’internationale des banquiers était de privatiser ce système et de le mettre sous leur contrôle. La banque centrale continuant à créer la monnaie nationale, mais prêtant l’argent au gouvernement, laissant celui-ci avec une dette massive sur laquelle il paie des intérêts. Pris dans le piège de la dette, le gouvernement est alors conduit à privatiser ses actifs, rendus dès lors disponibles pour l’achat et le contrôle par la finance internationale.

Lors de la réunion, en 1968, d’un groupe mondial nommé Bilderberg, un officiel américain, George Ball, parla de la création de la “world company” ( entreprise mondiale). Ball était alors sous secrétaire d’Etat aux affaires économiques et PDG de la banque Lehman Brothers and Kuhn Loeb. La “world company” devait être une nouvelle forme de colonialisme, dans lequel les biens mondiaux seraient obtenus par la contrainte économique plutôt que par la coercition militaire. La “company” devait s’étendre au delà des frontières nationales, s’engager dans des fusions acquisitions agressives jusqu’à ce que les actifs de la planète soient incorporés dans une société privée, et que les Etats nationaux soient asservis au système bancaire central international privé [11].

Avant la 2° guerre mondiale, la tête du système bancaire privé mondial était en Angleterre ; mais il se déplaça à Wall Street lors de l’ascension économique des USA. Par les accords de Bretton Woods, le dollar américain devint la monnaie de réserve, au même titre que l’or. En 1971, le président Nixon découpla de dollar de l’étalon or, et le dollar devint la monnaie de réserve mondiale. Les prêteurs américains pouvaient créer et prêter tant de dollars que le monde était incité à les emprunter. Pour assurer que les prêteurs récupèrent les intérêts, la Banque Mondiale et le FMI, vers la fin des années 70, commencèrent à imposer des” conditions “ d’emprunt aux débiteurs du Tiers Monde, les obligeants à ouvrir leurs marchés financiers, à réduire leurs dépenses dans les programmes sociaux et à privatiser leurs industries. Pendant ce temps les attaques spéculatives sur les monnaies locales que l’on avait laisser “flotter” sur les marchés des changes, sans les indexer à l’or, causèrent de radicales dévaluations des monnaies, permettant aux investisseurs étrangers de ramasser ces actifs privatisés a des prix avantageux.

Quand les dominos ne tombent pas
L’Iran a été parmi les rares pays à avoir échappé à ce système mondial de privatisation. L’Iran a son propre pétrole, et il a réussi à éviter le piège de la dévaluation spéculative sur la monnaie en imposant des restrictions de change et en contrôlant le cours de sa monnaie , ce qu’il put faire grâce à des réserves en devises étrangères, provenant de ses ventes de pétrole, suffisantes. [12] L’industrie pétrolière appartenant à l’Etat iranien a permis à l’ économie de produire de bons résultats, malgré les sanctions économiques et des rumeurs indiquant le contraire. [13] Le mouvement "réformiste" conduisant vers plus de privatisation a pris fin en 2005 avec l’élection du Président Mahmoud Ahmadinejad, un "populiste" qui fit promesse de redistribuer plus largement les richesses pétrolières iraniennes et engagea son gouvernement dans des projets financés sur fonds publics et dans des investissements d’intérêts publics [14].

Des intellectuels musulmans ont cherché à concevoir un système bancaire mondial qui servirait comme une alternative au système usurier contrôlé au niveau international, et l’Iran a ouvert la voie à l’élaboration de ce modèle. La caractéristique de l’’Iran est d’être une république islamique démocratique, qui applique les principes de l’Islam non seulement moralement, mais juridiquement et politiquement. Le Shah d’Iran, soutenu par les américains fut renversé en 1979, ce qui mit fin à 2500 ans de règles monarchiques. Toutes les banques domestiques iraniennes ont ensuite été nationalisés, et le gouvernement a demandé la création d’un système bancaire islamique qui remplacerait les paiements d’intérêts avec participations aux bénéfices. La banque centrale iranienne étatisée émet la monnaie nationale, et le seigneuriage revient au gouvernement au lieu de revenir a des banques privées [15]. Le gouvernement iranien est parmi les rares gouvernements au monde à avoir très peu de dette extérieure. Il utilise ses banques d’Etat pour accorder des prêts et des crédits aux industriels et pour développer des projets agricoles. Mais ce qui rend unique le système bancaire iranien, est qu’il suit la prescription islamique contre l’usure. Cela signifie que les prêts sont consentis sans intérêt [16].

Du moins en principe. Pour faire fonctionner leur système avec celui actuellement en place, les économistes islamiques ont dû mettre au point certaines définitions de l ’ « intérêt ». Toutefois, en imaginant que l’Iran puisse développer un modèle alternatif viable, il menacerait la pratique de l’usure à la base du système bancaire qui domine à présent la finance internationale et le commerce. Si les gouvernements avaient commencé à faire ce que les banques font actuellement - du "crédit" créé à partir de rien, par le jeu d’écritures comptables - ils auraient pu éviter les intérêts très élevés qui sont la principale charge de la plupart des programmes gouvernementaux d’aujourd’hui. Il a été estimé que la suppression des charges d’intérêt pourrait réduire de moitié le coût moyen de l’infrastructure, du développement énergétique durable, et d’autres programmes [17]. Les économies du tiers monde pourraient enfin échapper à l’emprise des banquiers internationaux, mettant fin à 300 ans d’empire bancaire mondial.

L’ampleur des enjeux a été suggéré par Tarek El Diwany, un expert britannique de la finance islamique et auteur du livre ” Le problème des intérêts” (2003). Lors d’une présentation à l’Université de Cambridge en 2002, il cita un rapport du Programme des Nations Unies pour le Développement de 1997, qui disait :

Soulagés de leur remboursement annuel de la dette, les pays lourdement endettés pourraient utiliser les fonds pour des investissements qui, dans la seule Afrique, permettraient de sauver la vie d’environ 21 millions d’enfants d’ici 2000 et permettrait à 90 millions de filles et de femmes d’avoir accès à une éducation élémentaire.
El Diwany commente ainsi le rapport : "Le PNUD ne dit pas que les banquiers tuent les enfants, mais dit que c’est la dette qui tue. Mais qui est en train de créer la dette ? Les banquiers bien sûr. Et ils sont en train de créer la dette en prêtant de l’argent qu’ils ont fabriqué à partir de rien. En retour, les pays en développement remboursent au pays développés 700 millions de dollars par jour. " Il conclu ainsi sa présentation :

“Mais il ya un espoir. Les pays en développement ne doivent pas croire qu’ils sont impuissants face à leurs oppresseurs. Leur meilleure arme, maintenant, est l’ampleur de la crise de la dette elle-même. Une cessation de paiement sur les obligations de la dette, à grande échelle, simultanée et coordonnée pourrait très facilement endommager le système monétaire occidental, et l’Occident le sait. Il pourrait y avoir une guerre, bien sur, ou la menace de celle-ci, accompagnée peut-être par les sermons Washington sur la moralité financière, mais combien cela pèse t-il lorsqu’il y a si peu a perdre ? Tous les peuples opprimés finissent par savoir qu’il est préférable de mourir dans la dignité plutôt que vivre dans l’esclavage. Les bailleurs de fonds, partout dans le monde, doivent se souvenir cette leçon” [18].

Cela pourrait expliquer les bruits de bottes au sujet de l’Iran, et le renforcement des sanctions économiques contre ce pays. Les dominos qui ne tombent pas dans le piège de la dette doivent être poussés. Comme dans les attaques brutales sur le Liban en Juillet 2006, les cibles militaires en Iran sont susceptibles d’être économique - ports, ponts, routes, aéroports, infrastructures de raffinage [19]. La menace posée par le modèle économique de substitution iranien sera effacée en ramenant le pays à l’Age de pierre.


Source : Oulala.net


Ellen Brown
13 novembre 2007

traduction Laurence Kalafatides

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[1] "U.S. : Iran Seeks Nuclear Weapons, » (Octobre 31, 2007).

[2] Rob Kirby, « The Looming Fiat Monnaie Train Wreck", (Janvier 16, 2006)

[3] Krassimir Petrov, "The Propose Iranian Oil Bourse", (Janvier 15, 2006).

[4] William Engdahl, "Pourquoi l’Iran Oil Bourse ne se brisent the Buck," Asia Times Online (Mars 10, 2006).

[5] Un capital produit des intérêts simples si les intérêts sont uniquement calculés sur ce capital. Un capital produit des intérêts composés si à la fin de chaque période, les intérêts générés sont ajoutés au capital pour produire de nouveaux intérêts. On dit aussi que les intérêts sont capitalisés.

[6] "Compound Interest Week," ; composés Fido Compound Investment Tool Kit,.

[7] Rodney Shakespeare, The Modern universelle Paradigm (2007), pages 63-64.

[8] Achin Vanaik, « Annuler la dette du tiers monde,"The Hindu (août 18, 2001),.

[9] Carroll Quigley, Tragedy and Hope : A History of the World in Our Time (New York : Macmillan Company, 1966), page 324.

[10] Voir Ellen Brown, "Dollar Deception : How Banks Secretly Create Money", / articles, Juillet 3, 2007. Voir aussi Affidavit of Walker F. Todd, attorney for the Federal Reserve Banks of New York and Cleveland, (2004).. Dans la plupart des pays, la création de la monnaie est maintenant une affaire privée. Même lorsque la Banque Centrale est techniquement contrôlée par l’Etat, ainsi que c’est le cas en Grande-Bretagne et au Canada, les banques centrales ne créent que la monnaie fiduciaire du pays, laissant la plus grande part de la création monétaire aux mains des banques privées qui le font sous forme de taux d’intérêt d’emprunt [[E. Brown, le Web de la dette, op. cit.

[11] Daniel Estubin, "Bilderberg 2007 - Towards a One World Government ?", Nexus Magazine (Août-Septembre 2007)

[12] Taylor & Francis Group, Le Moyen-Orient et Afrique du Nord (2003), pages 405-07 ; "Iran’s Exchange Rate Freeze," (Juillet 2003).

[13] Kelly Campbell, "Is Iran Facing an Economic Crisis ?", (Mai 2007).

[14] "L’Iran," (Juillet 2007).

[15] Kamran Dadkhah, « La réforme du marché de change en Iran," (2003), page 4 ( "seigneuriage") ; Clifford Thies, "Money radioactifs," (Mars 2007).

[16] "Economie de l’Iran", "Iran Banking," (2004).

[17] Margrit Kennedy, l’intérêt et l’inflation Free Money (1995), Deidre discuté dans le Kent, "Margrit Kennedy inspire la Nouvelle-Zélande afin de créer des systèmes régionaux d’argent », McKeever Institute of Economic Policy Analysis, (2002).

[18] Voir E. Brown, le Web de la dette, op. cit

[19] Tarek El Diwany, "la dette du tiers monde », présentation à l’Université de Cambridge du "One World Week" en Février 2002, citant le PNUD Rapport sur le développement humain (1997), page 93 ; "un débat sur l’argent," ( Juillet 2001).

Bloguistes alerte : le parlement Européen s’apprête à légiférer pour interdire notre libre expression.

Projet de rapport : sur la concentration et le pluralisme dans les médias dans l’Union européenne (2007/2253(INI))
Commission de la culture et de l’éducation
Rapporteur : Marianne Mikko

Je viens de découvrir un projet du parlement Européen concernant les sites et blogs sur internet et l’utilisation qui en est faite.

Ce projet sent l’attaque contre tous les blogueurs en créant les conditions d’une maitrise par les pouvoirs idéologiques de la bourgeoisie.

Il possède les médias télé-audio-visuels et la plupart des titres de la presse écrite et ils veulent maintenant interdire l’expression libre à travers les blogs.

Quelques extraits :

( PROPOSITION DE RÉSOLUTION DU PARLEMENT EUROPÉEN sur la concentration et le pluralisme dans les médias dans l’Union européenne(2007/2253(INI)

V. considérant que les cas de conflits touchant à la liberté d’expression en ce qui concerne le respect de croyances religieuses et autres ont récemment pris une importance accrue,

W. considérant que le niveau d’éducation aux médias des citoyens de l’Union européenne est inférieur à ce qui est souhaitable et que la prise de conscience de la nécessité d’une instruction aux médias est faible,

1. demande instamment à la Commission et aux États membres de préserver le pluralisme des médias, d’assurer que tous les citoyens de l’UE peuvent avoir accès à des médias libres et diversifiés dans tous les États membres, et de recommander des améliorations là où elles sont nécessaires ;

2. suggère à cet égard l’institution d’un médiateur indépendant des médias dans les États membres ; et souhaite son acceptation dans toute l’Europe ;

3. se félicite des efforts accomplis en vue de créer une Charte de la liberté des médias

4. souligne la nécessité d’instituer des systèmes de contrôle et de mise en œuvre du pluralisme des médias, fondés sur des indicateurs fiables et impartiaux ;

5. convient que le niveau de référence pour la mesure du pluralisme des médias devrait être fixé par chaque État membre individuellement ;

6. souligne la nécessité pour l’UE et les autorités des États membres d’assurer l’indépendance des journalistes et des éditeurs par des garanties spécifiques juridiques et sociales appropriées, ainsi que le respect des meilleures pratiques par les propriétaires des médias dans chaque marché où ils opèrent ;

7. propose l’introduction de redevances adaptées à la valeur commerciale du contenu généré par des utilisateurs ainsi que de codes d’éthique et de règles d’utilisation pour les contenus générés par les utilisateurs dans les publications commerciales ;

8. se félicite de la dynamique et de la diversité qu’ont apporté au paysage médiatique les nouveaux médias et encourage une utilisation responsable de nouveaux canaux comme la télévision numérique mobile ;

9. suggère – que ce soit par le biais d’une législation ou autrement – de clarifier le statut des blogs et encourage leur labellisation en fonction des responsabilités professionnelles et financières et des intérêts de leurs auteurs et éditeurs ;

10. recommande l’inclusion de l’apprentissage des médias parmi les neuf compétences de base et encourage le développement d’un programme d’enseignement de base pour l’éducation aux médias ;

11. encourage la divulgation de la propriété des médias afin de contribuer à la compréhension des objectifs et de l’identité du diffuseur ;

12. encourage les États membres à veiller à ce que l’application de la législation communautaire relative à la concurrence, aux médias ainsi qu’à Internet et au secteur des technologies de la communication facilite et encourage le pluralisme des médias, et à prendre des mesures adéquates lorsque la concentration de la propriété a un impact négatif sur le pluralisme des médias ;

13 recommande que les dispositions réglementant les aides d’État soient appliquées de façon à permettre aux médias de service public de remplir leur rôle dans un environnement dynamique, tout en évitant une concurrence déloyale qui entraînerait l’appauvrissement du paysage médiatique ;

14. charge son Président de transmettre la présente résolution au Conseil, à la Commission ainsi qu’aux gouvernements et aux parlements des États membres.

Ce texte, sous le prétexte de protection, cache, à mon avis, toute une future législation autour de la concurrence libre et non faussée et qui visera en particulier le simple blogueur astreint à des règles qui seront tellement dissuasives sur le plan individuel qu’elles entraîneront à faire des fournisseurs d’accès des gendarmes du net de l’idéologie bourgeoise.

BABEUF 42



Source : Bellaciao
De : BABEUF42
dimanche 22 juin 2008

Source : LeVraiDebat

25 juin 2008

Pourquoi la croissance ralentit

Le diagnostic de l'Insee est tombé : l'économie française entre dans une phase de ralentissement, la croissance passant de 2,2 % en 2007 à 1,6 % en 2008. Si le contexte international contribue à aggraver la situation, cette croissance molle s'explique aussi par une politique économique erronée.
L'essentiel de la croissance prévue pour 2008 est déjà derrière nous : pour les trois derniers trimestres de 2008, l'Insee n'attend qu'une croissance cumulée de 0,4 %. Autant dire que pendant le reste de l'année, nous allons connaître une croissance quasiment zéro.


Du point de vue strictement écologique, ce n'est pas forcément une mauvaise nouvelle : après tout, produire davantage implique assez souvent de consommer davantage d'énergie et de matières premières, et l'on sait que, dans les années à venir, il nous faudra impérativement économiser sensiblement l'ensemble des ressources non renouvelables dans lesquelles nous puisions jusqu'ici sans trop compter. Mais pour la société une croissance aussi faible signifie à la fois un pouvoir d'achat stagnant pour une grande partie de la population et des ressources stagnantes pour l'Etat - alors que ce même Etat a promis de réduire fortement le déficit public. Et cela risque de freiner très fortement le mouvement de créations nettes d'emplois (370 000 en 2007 et 70 000 pour le 1er trimestre 2008). Bref, ce ralentissement va créer ou accentuer de nombreux problèmes, au regard d'un effet bénéfique très faible - et surtout à long terme - sur l'environnement.


Pour le Président, qui voulait « chercher la croissance avec les dents », c'est un revers cuisant. Comment peut-on l'expliquer ? Et que peut-on faire dans le contexte actuel ? Les explications possibles sont, pour une part, d'ordre externe (évènements internationaux sur lesquels le pays n'a pas prise) et, pour une part, d'ordre interne.




Subprime, pétrole, euro

Pour commencer par les facteurs externes, la crise des subprimes aux Etats-Unis a fait tâche d'huile dans tous les pays occidentaux. D'abord parce que, du fait de la « titrisation »[1], des banques européennes se sont aperçues qu'elles détenaient des titres basés sur des crédits subprime, ce qu'elles ignoraient jusqu'alors. Ensuite, parce que, par crainte de prêter à des organismes eux-mêmes « contaminés », les banques ont réduit considérablement leurs prêts sur le marché interbancaire, amenant par contrecoup d'autres banques à réduire leurs propres prêts [2]. Ce quasi gel des prêts bancaires a contribué à freiner l'activité dans tous les pays occidentaux, surtout dans le bâtiment, car ce sont souvent des particuliers désireux d'acheter leur logement qui se sont vu refuser des prêts. D'où, par ricochet, une baisse plus ou moins prononcée des prix de l'immobilier, donc de la valeur des hypothèques (dans les pays où le crédit immobilier est de type hypothécaire), donc un accroissement des difficultés de paiement des ménages endettés, ...


La hausse du prix du pétrole a joué également un rôle majeur. Au cours de la dernière année, la ponction sur les économies consommatrices a été de l'ordre de 2 % du PIB, ponction que nous acquittons par le biais des hausses de prix sur les carburants et de l'inflation induite sur les biens et services de consommation. Inévitablement, cela se traduit ou se traduira par une stagnation, voire une diminution, du pouvoir d'achat moyen, laquelle, à son tour, engendre et continuera à engendrer un tassement des achats, et plus particulièrement des achats que l'on peut différer dans le temps : le volume des habits vendus au cours du 1er trimestre de l'année 2008 a ainsi diminué de 9 % par rapport à la même période de l'année précédente.


La hausse du cours de l'euro a également joué un rôle. L'euro, qui valait 0,88 dollar en 2002, en vaut désormais entre 1,55 et 1,60 selon les semaines. Certes, cette hausse a permis d'atténuer la progression du cours des produits pétroliers et des matières premières (dont les prix internationaux sont fixés en dollars). Mais, en sens inverse, le renchérissement de nos exportations et la réduction du coût des produits importés payables en dollars (produits chinois, par exemple) contribuent à creuser le déficit du commerce extérieur et à réduire l'activité nationale (ou celle des autres pays de la zone euro qui, du coup, nous achètent un peu moins) : ce sont autant de débouchés en moins. Selon la dernière note de conjoncture de l'Insee, la croissance pour 2008 devrait être amputée de 0,1 à 0,2 point par trimestre, soit environ 0,6 point de croissance en moins sur l'ensemble de l'année. Enfin, le retour de l'inflation - conséquence de ce qui précède - incite la banque centrale européenne à davantage de vigilance, ce qui, là-encore, contribue à freiner l'activité en rendant les financements plus coûteux.




Impôts, heures sup, chômage

Incontestablement, ces facteurs externes constituent l'explication dominante du ralentissement de croissance. Ils n'exemptent cependant pas les décisions gouvernementales de toute responsabilité.


La première faute est celle du paquet fiscal, dont l'essentiel a été concrétisé cette année. Il est clair que le schéma typiquement keynésien sur lequel il s'appuyait - moins d'impôts, donc davantage de pouvoir d'achat, donc davantage de dépenses - n'a pas vraiment fonctionné. Il est possible cependant qu'une partie de la bonne surprise de 2007 - une croissance supérieure de 0,3 point à celle prévue par l'Insee - s'explique par ces mesures. Mais, l'essentiel du paquet fiscal a été ciblé sur des catégories sociales privilégiées : quasi-suppression des mutations à titre gratuit (« droits de succession »), possibilité de réduire d'un quart l'ISF en cas d'investissement dans des petites entreprises ou de donation à des organismes sans but lucratif, bouclier fiscal ramené à 50 % et intégrant désormais, outre l'impôt sur le revenu et l'ISF, la CSG et la taxe d'habitation - ce qui revient à dire que, l'an prochain, l'ISF sera de facto supprimé dans la quasi-totalité des cas...


Or ces catégories sociales, au patrimoine en général élevé, ont plutôt épargné que dépensé les sommes ainsi récupérées. D'où un très faible impact sur la croissance française. En même temps, le paquet fiscal a encore creusé le déficit, alors nos partenaires européens et la Commission européenne exigent au contraire que nous le réduisions. En résultat, la politique budgétaire pour 2008 est donc plutôt restrictive, l'Etat se gardant d'utiliser le dernier levier à sa disposition (la dépense publique) capable de regonfler la demande.


Si l'on ajoute à cela que la politique monétaire, désormais pilotée par le BCE, est également restrictive, on s'aperçoit que le pays ne dispose plus de moyens pour régulariser la conjoncture et que le gouvernement en est réduit à lancer des appels incantatoires ou à critiquer le « pessimisme excessif » de l'Insee. Quand on grille ses cartouches avant le combat, simplement pour éblouir les privilégiés situés aux premières loges, on prend des risques.


La défiscalisation des heures supplémentaires est la deuxième erreur grave. Certes, le dispositif fonctionne, et même plutôt bien, puisque, sur une année pleine, ce sont environ 680 millions d'heures supplémentaires qui seront défiscalisées. Mais le coût se révèle élevé (de l'ordre de 2,8 milliards d'euros sur l'année, entièrement financés par l'Etat), d'autant plus élevé qu'une partie de ces heures supplémentaires - de l'ordre de moitié sans doute - se substitue à des embauches qui auraient généré de cotisations sociales et de CSG, et qui auraient permis de sortir du chômage de 60 à 80 000 personnes. Une fois pris en compte ces cotisations potentielles perdues et le coût des allocations versées aux mêmes 60 à 80 000 personnes qui restent au chômage, il s'avère que cette mesure va coûter à la collectivité de l'ordre de 4 milliards d'euros pour injecter en pouvoir d'achat 2,8 milliards d'euros au bénéfice de travailleurs en poste ... Comme mesure intelligente, on pouvait rêver mieux.


Enfin, le gouvernement reste persuadé que la clé de la croissance réside dans le nombre de personnes prêtes à travailler : à ses yeux, tout demandeur d'emploi recèle en lui une sorte de trésor caché - sa force de travail - qu'un employeur intelligent finira bien par exploiter afin de produire des richesses supplémentaires. La croissance résulte à ses yeux de cette mobilisation du travail. Ce qui n'est pas faux, mais à long terme seulement : on voit bien que, dans un pays donné, l'arrivée de nouveaux travailleurs - par l'immigration, par la démographie ou par la féminisation de la main-d'œuvre - n'est pas synonyme de chômage croissant sur le long terme. En revanche, si un afflux de main-d'œuvre se produit dans un bassin d'emploi donné, ce dernier n'intègrera pas les travailleurs immédiatement : il faut qu'un accroissement de la demande incite les employeurs à embaucher, que ces employeurs effectuent les investissements nécessaires pour doter chaque travailleur supplémentaire d'outils adaptés et, enfin, que ces travailleurs aient un niveau de qualification et d'efficacité conformes aux souhaits de l'employeur. Or rien de tout cela ne s'effectue en un clin d'œil : ce sont les investissements dans les hommes et les équipements qui rendent possible la croissance, la seule présence de candidats à l'emploi ne suffit pas, surtout si ces candidats ne disposent pas des diplômes ou de l'expérience qui permettent de réduire le risque lié à toute embauche. Les entreprises, du moins celles qui font appel à des actionnaires pour constituer leurs fonds propres, consacrent au paiement des dividendes des sommes désormais supérieures à ce qu'elles investissent (voir Alternatives Economiques, n° 271, juillet-août, p. 26-27). Pour les inciter à investir plutôt qu'à distribuer toujours plus de dividendes, la solution est simple : créer un crédit d'impôt sur investissement autofinancé. Mais il n'y a plus d'argent dans les caisses.


Que conclure de tout cela ? Que la situation économique n'est pas facile du fait de la conjoncture mondiale. Mais que l'Etat français, privé de moyens, pratique une politique économique fort peu contracyclique (c'est-à-dire visant à stimuler l'économie au moins autant que la conjoncture internationale la bride), et que le peu de ressources dont il dispose désormais est employé à des usages contestables du point de vue de l'efficacité de la dépense publique. Un Etat qui croit trop au marché et qui gaspille le peu dont il dispose s'appelle un Etat imprévoyant.


Denis Clerc


Source: Alternatives Economiques
24 Juin 2008
Notes
1) Mécanisme par lequel des créanciers revendent « en gros » leurs créances à risque ainsi que des titres de qualité diverse sur le marché financier à des investisseurs, ce qui dissémine le risque


2) Le marché interbancaire sert principalement à « recycler » les liquidités momentanément inemployées de certaines banques en les prêtant à des banques qui en ont l'usage.

23 juin 2008

Sans-papiers : l'impasse

Sans-papiers : l'impasse

Pour des raisons purement politiques, Brice Hortefeux pratique une "fermeté" humainement inacceptable et économiquement injustifiée.
Voir la section « Lire également » en bas pour d'autres articles sur le même thème, publiés récemment dans Alternatives Economiques.
Vendredi 4 avril 2008, à la sortie du RER Joinville-le-Pont, Baba Traoré est en passe de subir un contrôle d'identité. Il travaille depuis de nombreuses années en France mais est sous le coup d'un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière délivré par le préfet de Seine-Saint-Denis. Plutôt que de risquer l'expulsion, il s'échappe et se jette dans la Marne. Il n'y survivra pas. Un drame qui témoigne des contradictions de la politique actuelle de l'immigration. Alors que certains métiers connaissent officiellement des pénuries de main-d'oeuvre, le gouvernement s'obstine à mener une chasse aux travailleurs sans papiers, plutôt que d'accepter le principe d'une large régularisation.
La situation a pris une nouvelle tournure en avril dernier, quand la CGT et le collectif Droits Devants ! ont lancé un mouvement de grève de travailleurs sans papiers dans différentes entreprises, notamment dans les secteurs de l'hôtellerie-restauration et du nettoyage. Brice Hortefeux, le ministre en charge du dossier, a accepté d'examiner les dossiers de plusieurs centaines de salariés étrangers qui pourraient être ainsi régularisés (1). Reste que le gouvernement s'obstine à refuser toute régularisation "massive". Une politique qui maintient dans une zone de non-droit des centaines de milliers de personnes, résidents souvent depuis longtemps sur le territoire national, et qui s'accompagne, au nom de la "fermeté" revendiquée, d'une chasse aux sans-papiers qui mobilise des moyens énormes pour des résultats humainement souvent dramatiques.

Fermeté et justice

Le credo gouvernemental est de distinguer immigrés réguliers et irréguliers. Les premiers ont vocation à être aidés dans leur intégration, mais ceux qui sont en situation irrégulière doivent être renvoyés, sauf exception (2). Cette logique n'est pas nouvelle, mais elle a pris un nouveau tour ces dernières années. Tout un arsenal législatif a été construit depuis 2003 dans ce but : pas moins de six lois sur la politique d'immigration et le droit au séjour ont été votées, la dernière datant du 21 novembre 2007.
L'un des piliers de cette politique est l'expulsion du territoire, rebaptisée "éloignement". Le ministre est désormais évalué sur sa capacité à atteindre un quota préétabli. L'objectif fixé pour 2007 était ainsi de 25 000, 23 000 expulsions ayant été effectuées au final. Depuis 2002 (donc en six ans), plus de 100 000 étrangers en situation irrégulière ont ainsi été contraints de quitter le territoire, alors que la population des étrangers en situation irrégulière, par définition impossible à chiffrer avec précision, est estimée entre 200 000 et 400 000.
Cette politique d'éloignement s'accompagne cependant du maintien d'un niveau significatif d'immigration légale. L'évaluation du solde migratoire (*) pour 2007 s'établit à 70 000. Pour l'année 2006 (dernières données détaillées connues), la France a délivré 185 000 titres de séjour à des ressortissants hors Union européenne: la moitié pour un motif familial, un quart pour des étudiants et le reste pour des réfugiés ou des travailleurs. Le cumul des soldes migratoires annuels s'établit à 560 000 pour les années 2002-2007 (alors que la population totale s'accroissait de 2,4 millions). Un chiffre en forte augmentation: entre 1996 et 2001, le cumul n'était que de 330 000.
La France qui expulse est donc dans le même temps relativement plus ouverte qu'hier à l'immigration. Elle reste cependant très fermée comparée à de nombreux grands pays industrialisés. Les Etats-Unis accueillent environ un million d'immigrés chaque année. A population équivalente, c'est comme si la France en accueillait 200 000. En Europe même, de 2002 à 2006 inclus, la France n'a accueilli que 131 000 immigrés supplémentaires par an en moyenne, soit 2 pour 1 000 habitants, alors que la moyenne de la zone euro est de 4,9, selon Eurostat (3). Seuls les Pays-Bas et l'Allemagne ont fait moins (voir graphique). Rapporté à sa population, le Royaume-Uni accueille 50 % d'immigrés de plus, la Belgique et le Portugal le double, sans parler de l'Italie, de l'Irlande et de l'Espagne...
Comparée aux autres pays de l'OCDE, la France, avec 10 % de personnes nées à l'étranger (4), se situe juste au-dessus de la moyenne (9,4 %). Celle-ci est tirée vers le bas par les pays d'immigration récente d'Europe du Sud, les pays en transition et la Turquie. Ce pourcentage est plus élevé qu'au Royaume-Uni (8,3 %), mais plus bas qu'en Allemagne (12,1 %) ou qu'aux Etats-Unis (12,3 %).

Régularisations massives en Europe

Dans ce contexte, la France aurait-elle les moyens économiques de régulariser un nombre plus important d'étrangers déjà installés sur son territoire ? Si l'on admet, comme l'affirme le président de la République, que c'est le travail qui créé la richesse et donc l'emploi, le pays gagnerait à le faire. André Daguin, le président de l'Union des métiers et industries de l'hôtellerie, demande pour son seul secteur 50 000 régularisations. La hausse du flux d'immigration légale observée depuis 2002 n'a pas empêché la diminution du chômage. Quant aux sans-papiers, ils travaillent déjà dans leur majorité, paient des impôts et des cotisations sociales. Sans exagérer la nécessité de recourir à une immigration croissante, il est probable que la situation démographique, et notamment la hausse programmée des départs en retraite, va rendre nécessaire d'ouvrir plus largement les frontières (5).
L'immigration légale en Europe


Compte tenu des inégalités mondiales de niveau de vie, une ouverture totale - même si ses effets sont discutés - ne paraît pas envisageable: les politiques sociales, qui accordent des prestations en matière de logement ou de santé à tous les résidents, n'y résisteraient pas. Sachant que le "tout ouvert" n'est pas réaliste, et le "tout fermé" pas souhaitable, quel compromis adopter ? De plus en plus de voix demandent une attitude plus souple qui "remette les compteurs à zéro", en régularisant les résidents illégaux. Partant du constat qu'en dépit des politiques de fermeture des frontières, les personnes entrées illégalement travaillent pour l'économie française, y ont tissé des relations sociales, y ont fait des enfants... C'est sur la base d'un tel constat que nombre de pays voisins régularisent régulièrement, tout en affirmant que c'est la dernière fois... Dans les années récentes, l'Espagne l'a fait en 2005 pour 600 000 étrangers, l'Italie en 2006 pour 500 000 et les Pays-Bas viennent de le décider pour 27 500 demandeurs d'asile (en proportion, l'équivalent de 100 000 personnes en France). En France, la dernière vague de régularisations remonte à 1997 : 100 000 titres de séjour avaient alors été délivrés.

Pas d'appel d'air

Officiellement, il n'en est pas question. "Il n'y aura aucune opération de régularisation massive", répète Brice Hortefeux (6), pour qui toute opération de ce type provoquerait un "appel d'air". Aucune donnée tirée des expériences françaises ou étrangères ne permet pourtant de confirmer le phénomène. Suite aux régularisations de 1997, les demandes d'asile et de réexamen de situation ont stagné à 22 000 entre 1997 et 1998. En 2004, on en enregistrait certes 57 000, mais la politique du pays ne s'était pas particulièrement relâchée pour autant... Sauf à considérer que l'appel d'air aurait eu lieu cinq ans après la régularisation, Nicolas Sarkozy étant ministre de l'Intérieur ! En fait, la décision de migrer dépend peu du droit des pays d'immigration, mais surtout des difficultés économiques, des guerres civiles ou de l'oppression politique dans les pays d'émigration, et des liens culturels qui préexistent entre pays de départ et pays d'accueil.
La tâche du ministre de l'Immigration n'est pas simple. D'un côté, il ne veut pas apparaître laxiste, compte tenu de ce que la majorité estime être la demande de l'opinion à ce sujet. Il s'en tient donc à son objectif de 25 000 éloignements. De l'autre, cette politique de quotas d'expulsions apparaît non seulement comme un non-sens démographique et économique, mais aussi comme une insulte aux valeurs fondamentales des droits de l'homme. Centres de rétention, forces de police, justice, l'Etat mobilise des moyens énormes pour atteindre cet objectif, des moyens qui réduisent d'autant les effectifs disponibles pour assurer la sécurité des citoyens...
La pression exercée sur les forces de police pour "faire du chiffre" conduit à s'attaquer à des cas de plus en plus sensibles : enfants, personnes âgées, malades, etc. Devant l'émotion provoquée par certaines décisions, le ministre a même dû désavouer certains préfets zélés. "Qui peut croire que sur un sujet aussi délicat, parce qu'il touche à l'équilibre de notre société, il n'y ait que des certitudes et aucune interrogation ? Pas un jour ne se passe sans que je me pose la question : notre action est-elle juste ?", indique Brice Hortefeux (7), qui refuse d'être considéré comme un "ayatollah du chiffre"...

Les limites du cas par cas

Sa réponse, c'est le cas par cas. Une argumentation assez étonnante. En pratique, chaque situation est toujours étudiée individuellement, à partir des règles générales du droit au séjour. Si cela signifie que le ministre supervise lui-même les décisions, son emploi du temps doit être bien chargé. Si cela veut dire que les règles ne sont pas les mêmes pour tous, cette politique est lourde d'injustice, les règles variant selon les territoires et les pratiques préfectorales, et selon que l'étranger bénéficie de soutiens (comme ce serait le cas pour le personnel de maison des amis du ministre...) ou qu'il doit se défendre seul.
"Nous, qui sommes dans tous les départements, nous voyons bien des décisions complètement différentes dans un sens ou dans l'autre", indique Patrick Peugeot, le président de la Cimade (8). A propos des travailleurs en situation irrégulière en grève, le député UMP Etienne Pinte reconnaissait que l'étude des cas individuels était une "posture [pour] éviter d'être accusé de vouloir régulariser en nombre (...) La plupart de ces gens seront effectivement régularisés, ça me paraît évident" (9). De plus en plus de voix s'élèvent donc pour demander, comme précisément Patrick Peugeot, un "Matignon des sans-papiers", où les différents acteurs du dossier se mettraient autour d'une table pour introduire plus de souplesse. Cette réunion a peu de chance de se tenir. En revanche, on voit mal comment le gouvernement peut éviter d'infléchir ses pratiques, sans trop l'officialiser.

Du discours à la réalité

La menace électorale du Front national se fait moins forte et les prochaines élections décisives ont lieu dans quatre ans. Dans les faits, d'ailleurs, la politique actuelle est à double face. D'un côté, il y a la violence des discours et des expulsions. De l'autre, l'adaptation à la réalité. Il existe un chiffre que personne, ni les associations de défense des sans-papiers ni le ministère n'a intérêt à trop diffuser. Depuis 2002, le chiffre cumulé des régularisations dépasse 130 000. Ce n'est sans doute pas "massif", mais pas non plus négligeable.
Cette souplesse est désormais justifiée par la loi de novembre 2007, qui permet d'offrir une autorisation de travailler aux sans-papiers oeuvrant dans les métiers en tension. Il suffirait de les définir de façon plus souple pour changer de façon assez notable la situation. Par exemple, en se fondant sur la liste plus large des métiers en besoin en main-d'oeuvre, réalisée par l'enquête de l'Unedic (10)... Début janvier, une circulaire du ministre de l'Intégration (11) réaffirmait ainsi la fermeté gouvernementale, mais appelait aussi les préfets à faire preuve "de la plus grande bienveillance lorsque vous aurez établi l'aptitude des intéressés à travailler dans l'un des métiers mentionnés". Resterait alors à faire sauter le fameux quota d'éloignement et à donner aux préfets la consigne d'assigner aux forces de sécurité des priorités moins politiques et plus conformes aux besoins réels de la population.
Louis Maurin

Source : Alternatives Economiques - n°270 - Juin 2008
(*) Solde migratoire : différence entre les entrées officielles d'après les différentes sources disponibles et les sorties évaluées sur la base des recensements.

16 juin 2008

Rachida Dati: Quand une femelle transgresse les règles du pouvoir

16 juin à 10h22 Depuis quelques semaines, on assiste à une campagne en règle, contre la Ministre de la Justice, Rachida Dati. Pourtant au début du règne de Sarkozy, elle était encensée par les médias et par l’opinion et soudain c’est le désamour brutal. Au moyen âge, Rachida aurait été brûlée sur le bûcher de la vindicte populaire, comme une vulgaire sorcière. Si la critique d’un ministre est chose courante, c’est la violence de la critique qui interpelle et qui fait écho aux campagnes de haine contre d’autres femmes de pouvoir, l’ex premier ministre socialiste Edith Cresson ou encore Margareth Thatcher. Ce qui surprend aussi, c’est la nature des critiques qui portent sur la personne plus que sur sa compétence professionnelle. C’est d’ailleurs sur « Ses caprices » que l’Express titre le dossier à charge qu’il lui a consacré la semaine dernière.

Ces manifestations d’hostilité sont révélatrices de la relation des primates humains avec le pouvoir et avec les femmes de pouvoir en particulier.


Elles nous rappellent que l’homme a choisi un modèle d’organisation patriarcal contrairement à nombre de ses cousins singes qui ont préféré confier le pouvoir aux femmes de leur troupe (babouins, patas, bonobos…).

Les femmes au pouvoir se comptent donc encore sur les doigts d’une main.

Si les femelles dominantes sont tolérées, c’est à une condition, elles doivent faire oublier leur sexe. Il leur faut gommer tous les attributs de la séduction. Et là, Rachida Dati commet sa première erreur, puisqu’elle se refuse à « mimer » les mâles. Aux tailleurs pantalons stricts, elle préfère robes, bijoux et talons aiguilles. Et n’hésite pas à poser en star, dans une robe moulante super sexy pour Match. Elle exhibe ses appâts féminins, c’est impardonnable ! La magistrature ne la rate pas « Elle s’est trompée de robe » s’exclame Dominique Barella* tandis qu’un autre magistrat la traite de « Barbie ministre ».

Rachida Dati finit par reconnaître qu’elle a bafoué le sacro-saint principe primate « on ne peut pas être ministre et coquette » déclare t-elle.

Il est vrai que son style « bling bling »et son goût du luxe aggravent quelque peu son cas. Pour une femme, si exercer le pouvoir est déjà une transgression, se comporter en séductrice alourdit son casier et exhiber les signes de distinction sociale passe pour de la provocation.

Dans les sociétés de singe les plus évoluées, on n’affiche pas aussi ostensiblement « sa réussite sociale ».

Ceci étant, ses goûts vestimentaires et son style séducteur n’expliquent pas à eux seuls la disgrâce de la Ministre.
Rachida Dati a commis une autre erreur en bafouant un principe primate clef : dans les sociétés de singes matriarcales, les femmes qui dominent ne se comportent pas comme les mâles au pouvoir. Le style de gouvernement de la femelle diffère de celui du mâle. En particulier, elles ne paradent pas pour affirmer leur pouvoir. Elles ne « crient pas », ne se livrent pas à des démonstration de force ou d’agressivité et préfèrent confier à un mâle (leur second) le soin de protéger la troupe, de sanctionner les rebelles. Si le mâle ne fait pas l’affaire, elles le virent.

Chez les Patas une espèce de singe organisée autour de l’autorité des femelles, le mâle dominant demeure le chien de garde de la troupe raconte Desmond Morris. La femelle dominante délègue les démonstrations d’autorité à ses mâles subordonnés.

En d’autres termes, une femelle au pouvoir ne se comporte pas de manière agressive, brutale ou autoritaire.

Il faut croire que dans notre inconscient collectif cette règle primate est toujours à l’œuvre, si l’on tolère une femelle au pouvoir, on ne supporte pas les chefs autoritaires. La main de fer doit être recouverte d’un épais gant de velours, sinon c’est le rejet assuré par la tribu.

Autrement dit, la femme au pouvoir doit ressembler physiquement à un mâle mais se comporter en femelle.

C’est peut-être ce que Rachida Dati a quelque peu oublié. Quand elle est dans l’adversité, elle a du mal à rester la séductrice qu’elle joue si bien sur les podiums et devant les projecteurs… Elle sort un peu trop vite les crocs. Crises d’autorité face aux subordonnés de son cabinet, accès de colère devant des journalistes ou des députés qui la critiquent… Autant de parades d’autorité qui sont l’apanage des mâles !

Heureusement qu’elle a retenu la leçon de ses cousines singes, elle sait que le vrai pouvoir pour une femelle, est d’être soutenue par le mâle dominant. Tant que Sarko la soutient, elle pourra continuer à transgresser les autres règles primates… mais au prix de sa popularité.

*Ancien président de l’Union Syndical de la magistrature



Source : Bakchich Info
16 Juin 2008

Au pied du mur je me voy sans eschelle

Au pied du mur je me voy sans eschelle
Au pied du mur je me voy sans eschelle,
Plus je ne sçay de quel boys faire fleches,
Faulte d'Argent m'en donne les empesches,
Triste j'en suis, jà ne fault que le celle.

Durant ce temps mon corps d'ennuy chancelle,
Mes joues sont mesgres, palles et sèches,
Au pied du mur.

Si ayde n'ay du bon Dieu et de celle
Devant lesquelz a deulx genoulx me fleches,
De ma vie je ne donne troys pesches,
Car de vertu j'ay moins qu'une estincelle
Au pied du mur.


Roger de COLLERYE (1470-1536)


C'est super:))

14 juin 2008

L'imaginaire sarkozyste passé à l'acide

Écrit par Sylvain Marcelli
21-03-2008

Pourquoi aimons-nous tant détester Nicolas Sarkozy ? Comment expliquer la fascination qu'exerce cet homme sur les médias et l'opinion - qu'il s'expose outrageusement ou qu'il se retire, défait, sur son Olympe ? "Rêves de droite", le nouveau livre de Mona Chollet, animatrice du site Périphéries , journaliste au Monde Diplo et amie de L'Interdit, répond à ces questions franchement angoissantes en attaquant à l'acide "l'imaginaire sarkozyste".


Qu'on ne s'y trompe pas. "Rêves de droite" n'est pas un livre consacré à Nicolas Sarkozy. Car l'homme finalement importe peu. L'important, c'est ce que son personnage raconte, par sa façon d'être au monde mais aussi de dire le monde, de notre société et de ses représentations. En effet, le Président concentre en une synthèse saisissante les principaux mythes de notre époque : il incarne la réussite du "self made man", entrepreneur de lui-même, à qui l'ambition ne fait pas peur (puisqu'il y pense même le matin en se rasant), à qui aussi la société a laissé la liberté de vivre sa "success story", en lui garantissant la fameuse "égalité des chances".

Évidemment, la mise en scène de cette "aventure humaine" vaut aussi pour ses ministres les plus en vue. Son plus beau coup médiatique aura été l'entrée au gouvernement de Rachida Dati et Rama Yade. Mais ce n'est peut-être qu'un jeu de dupes : Mona Chollet montre que ces figures n'ont d'autre fonction que de rester exceptionnelles. Ces "Sarcosettes" sont là pour montrer qu'il est possible de sortir du ruisseau – à condition de le vouloir. Pour le dire autrement, ceux qui ne s'en sortent pas n'ont qu'à s'en prendre qu'à eux-mêmes. Voilà comment s'opère ce que Mona Chollet appelle fort justement "la liquidation des déterminations sociales".


"Une manipulation à grande échelle des imaginaires"

Nicolas Sarkozy n'est donc pas une anomalie (… on aurait aimé le penser !) mais le produit de l'idéologie libérale qui fait tourner les sociétés occidentales. C'est le petit frère de Reagan et de Berlusconi. Non, Nicolas Sarkozy ne s'est pas moqué de nous lorsqu'il a échangé, à peine élu, sa promesse d'une réflexion dans un monastère sur la manière d'"habiter" la fonction avec la réalité plus heureuse d'une croisière sur un yacht de milliardaire. Il n'a fait que réaliser le "rêve de droite" qui agite nos nuits. Car pourquoi se faire chier à faire vœu de chasteté et de silence alors qu'on peut parader à moitié à poil devant des dizaines de paparrazis en ayant le sentiment jubilatoire d'emmerder le monde entier ? Honnêtement, à sa place, qu'auriez-vous choisi ?

"La victoire de Nicolas Sarkozy en France résulte d’une manipulation à grande échelle des imaginaires", soutient Mona Chollet. "Elle a été préparée par vingt ans de TF1 et de M6, de presse people, de jeux télévisés, de Star Ac et de superproductions hollywoodiennes. Pour pouvoir ricaner en toute tranquillité des beaufs qui ont voté Sarkozy, il faudrait d’ailleurs pouvoir prétendre avoir échappé complètement à l’influence de cette culture — ce qui ne doit pas être le cas de beaucoup de monde."


"L'univers mental de la gauche est anémié"

On ne peut qu'applaudir la manière dont Mona Chollet détruit méthodiquement les fondements du discours sarkozyste. Je recommande chaleureusement les pages consacrées au discours de Christine Lagarde, ci-devant ministre de l'Economie, lors de la présentation du projet de loi "en faveur de l’emploi, du travail et du pouvoir d’achat". Tous ceux qui, comme moi, ont été révulsés par ces propos exaltant le "travail", cette "chose naturelle, essentielle à l’homme", répéteront comme un mantra les pages du livre qui les démantèlent.

Mais la partie la plus intéressante et la plus stimulante du livre de Mona Chollet est consacrée à l'urgente reconstruction d'une alternative à gauche. Le constat est sévère : "C’est tout l’univers mental de la gauche, idées, rêves, langage, images, qui est aujourd’hui anémié (...). Résultat : au moment où ceux qui manipulent les affects des classes moyennes et populaires pour les amener à penser, à rêver et à voter contre elles-mêmes atteignent un niveau de virtuosité et de sophistication inégalé, ceux qui les défendent restent impuissants à se faire entendre d’elles."

D'où cet appel salutaire : "De l'air !" Oui, il est temps que la gauche se réinvente un imaginaire, en prenant au sérieux le besoin d'épanouissement des hommes et des femmes, sans le considérer comme incompatible avec le rêve d'une société meilleure et plus juste. Mona Chollet ouvre, dans les derniers chapitres, quelques pistes passionnantes. Mais sans doute contrainte par le format et le ton polémique du livre, la journaliste semble parfois s'arrêter en chemin. Le lecteur attendra donc avec impatience le tome 2 qui devrait s'intituler "Rêves de gauche". Ou relira "La Tyrannie de la réalité" (Folio), son précédent livre, qui déroule les mêmes sujets, en s'appuyant sur un fonds théorique plus ambitieux. La lecture des textes de Mona donne toujours une salutaire bouffée d'air frais.



"Rêves de droite – Défaire l’imaginaire sarkozyste" (Editions Zones/La Découverte).


Source: L'Interdit

APPEL À ACTION : « SOUS LES VÉLIB', LA PUB » - par R.A.P.

1 –APPEL À ACTION : « SOUS LES VÉLIB', LA PUB » - par R.A.P.

Rendez-vous jeudi 14 juin 2008 à 14 heures à la station vélib’ de la place Edmond Michelet à côté du centre Georges Pompidou (4e). Métro : Châtelet ou Rambuteau

Des vélos oui, mais sans les afficheurs et leurs publicités ! N’y a-t-il pas contradiction totale à financer un projet de promotion de vélos par un secteur qui fait l’apologie de la voiture ? Les vélib’ ne sont pas gratuits et encore moins payés par les publicitaires, c’est le consommateur qui, par le biais de ses achats, paye les vélib’.

Le vélib’ est le cheval de Troie de la publicité, créé par les afficheurs pour envahir un peu plus l’espace public tout en se donnant une image de protecteur de l’environnement. A l’heure du réchauffement climatique, l’instrumentalisation d’un projet comme le vélo en libre service par les publicitaires est particulièrement grave pour la société et l’environnement.

Avec la généralisation du défilement des panneaux, vélib’ s’est traduit à Paris par un triplement de la surface publicitaire. Alors que de plus en plus de citoyens souhaitent une diminution de la pression publicitaire, il est intolérable que les vélos en libre service servent à justifier une inflation de publicités.

Des solutions alternatives existent. En conséquence, nous demandons que la mise à disposition de vélos ne soit jamais liée au marché publicitaire mais soit au contraire envisagée comme un véritable service public de promotion du vélo auprès de la population et non comme un outil au service des publicitaires.

Contact : laure [at] antipub.org ou 01 43 28 39 21




Source: Résistance à la Pub

J'aimerais bien être l'homme invisible,

....pour tout observer sans être vu. Est-ce possible?

Ca, c'est un vieux rêve qui nous poursuit tous, mais est-il réalisable?

Il n'y a pas 36 solutions, pour qu'un objet soit parfaitement invisible dans l'air, il faut qu'il ait le même indice optique que l'air, pour qu'il ne puisse y avoir à sa surface, ni réflexion (si je vois un caillou, c'est qu'il me renvoie une partie de la lumière du Soleil), ni réfraction (on voit l'eau d'un ruisseau très limpide, à la déformation des objets qui s'y trouvent).

En résumé, la lumière doit traverser un tel objet sans perturbation de son parcours. Mais le problème, c'est que notre homme doit y voir quelque-chose, ses yeux doivent pouvoir former une image sur une rétine absorbante.

Il n'y a donc plus que deux possibilités: Soit l'homme invisible est aveugle, soit ses yeux seuls sont visibles...


Source : Robert in Space

11 juin 2008

Choix silencieux des moteurs de recherche

Le monde selon Google

Une commodité presque banalisée ; un tuyau de plus, souvent branché par les mêmes sociétés qui apportent eau, téléphone ou télévision : la Toile d’Internet ne suscite plus ni grandes angoisses ni envolées lyriques. Tout est là, à portée de souris, dans les mémoires gigantesques des moteurs de recherche... Mais quels sont leurs critères de choix ? Quels biais introduisent-ils dans les représentations ? Dissection du premier d’entre eux, Google.
Par Pierre LazulyInternet, avec ses 3 milliards de pages, est souvent décrit comme la plus complète des encyclopédies : une incomparable documentation mise gracieusement à notre disposition, et des outils qui savent répondre dans la seconde à la moindre de nos interrogations. Les moteurs de recherche sont si performants qu’il suffit de quelques mots épars pour retrouver une information quand la mémoire nous fait défaut.

Ces outils incontournables sont, paradoxalement, de moins en moins nombreux : seules quatre entreprises américaines parviennent encore à proposer à un public mondial un service de qualité. Avant de prétendre aiguiller l’internaute dans un volume de données sans cesse croissant, il faut en effet pouvoir mobiliser des milliers d’ordinateurs pour parcourir la Toile et répertorier l’information disponible. Mais il faut surtout savoir en extraire les pages les plus pertinentes. C’est cette capacité, l’« intelligence » du moteur de recherche, qui en fera ou non le succès. Google l’a prouvé, en devenant en moins de trois ans le moteur de recherche le plus employé au monde : son approche novatrice lui permettait en général de proposer, dès la première page de résultats, l’information recherchée.

Le bouche-à-oreille fut immédiat : les initiés encourageaient leurs amis à utiliser ce moteur « génial », et Google allait passer de 10 000 requêtes par jour, début 1999, à plus de 200 millions au printemps 2003 : 53 % des requêtes mondiales lui sont désormais confiées, au point que nombre de ses 70 millions d’utilisateurs en viennent à assimiler l’Internet tout entier à cet incomparable outil. « Google est insensiblement devenu un instrument essentiel qui dépasse largement l’idée qu’on se fait généralement d’un moteur de recherche, résume le journaliste Francis Pisani. Je n’interrogeais plus seulement le moteur de recherche pour avoir accès à des sites contenant de l’information. Les résultats affichés en réponse à une question sont suffisants et les sites dont il donne la référence ne fonctionnent plus que comme instrument de vérification (1)

La suprématie de Google n’est cependant pas sans soulever de réelles interrogations : comment un algorithme, si « génial » soit-il, peut-il choisir les dix réponses « les plus pertinentes » pour la requête « Irak », sur trois millions de pages contenant ce mot ?

Comme tout moteur de recherche, l’outil souffre en premier lieu d’une limitation importante : il ne peut proposer que l’information offerte au grand public. Si personne n’a jugé bon de publier d’article sur les mœurs du gypaète barbu (pour reprendre l’expression chère à Alexandre Vialatte), toute recherche sur ce thème restera vaine : en faisant « appel à Internet », on n’interroge pas l’ensemble des connaissances disponibles, mais seulement celles que différents contributeurs - universités, institutions, médias, particuliers... - auront choisi de proposer en libre accès (au moins pour un temps). La qualité de cette offre joue donc un rôle primordial dans la pertinence des réponses proposées.

Or, si le nombre total de pages accessibles ne cesse de progresser, certaines sources institutionnelles ont volontairement appauvri leurs sites. Au lendemain du 11 septembre 2001, nombre de sites officiels aux Etats-Unis ont ainsi été expurgés de données « sensibles » - comme ce site de l’armée américaine qui présentait fièrement au grand public ses huit entrepôts d’armes chimiques - (2), mais un bon nombre d’informations civiles ont aussi été retirées. Geographical Information Services a interdit l’accès à ses cartes du réseau routier (3), tandis que l’Etat de Pennsylvanie retirait les plans de ses infrastructures de télécommunications, de ses écoles et de ses hôpitaux (4). Sous couvert de lutte contre le terrorisme, certaines entreprises ont fait disparaître des informations que les groupes environnementaux n’avaient pu obtenir qu’au terme d’âpres batailles : des producteurs californiens d’électricité ont ainsi retiré les données relatives aux émissions polluantes de leurs centrales électriques (5)...

L’effondrement de la nouvelle économie, en 2001, a lui aussi contribué à ce retrait : les éditeurs en ligne sont de plus en plus nombreux à réserver leurs articles à leurs seuls abonnés. Cette stratégie, visant à réaliser quelques recettes supplémentaires, a toutefois un revers : leur disparition de la Toile. Les sites auxquels on n’accède que sur abonnement (même gratuit) sont en effet ignorés par les moteurs. Aussi, même si le New York Times a publié le mois dernier une remarquable enquête sur les mœurs du gypaète barbu, celle-ci ne vous sera pas proposée. La majorité des articles de presse sont ainsi devenus virtuellement invisibles.

Dans le même temps, de nouveaux acteurs s’appropriaient le réseau. Des entreprises désireuses de s’assurer une visibilité en faisaient un support privilégié de leur communication ; des organisations militantes y découvraient un autre moyen de promouvoir leur cause... Les internautes, surtout, créaient toujours davantage de sites personnels : l’« autopublication », autrefois réservée aux plus technophiles, s’est démocratisée avec l’apparition d’outils plus simples à utiliser (lire « La toile de SPIP »).

Au milieu des années 1990, confrontés à ce flux d’informations supplémentaires, deux étudiants en informatique de l’université américaine de Stanford, Sergey Brin et Larry Page, suivent une intuition : un moteur de recherche basé sur l’étude mathématique des relations entre les sites produirait de bien meilleurs résultats que les techniques rudimentaires employées à l’époque. Persuadés que les pages les plus « pertinentes » sont celles qui sont les plus fréquemment citées (celles que les autres sites ont choisi de référencer à l’aide de liens hypertextes), ils décident d’en faire leur projet d’études et posent les bases d’un moteur plus « mathématique », qu’ils baptiseront Google à la création de leur entreprise, en septembre 1998.

Pour évaluer la « pertinence » des pages de la Toile, Brin et Page inventent le « PageRank », une échelle de valeurs propre à Google. La valeur d’une page Web y est sans cesse réévaluée en fonction du nombre de citations dont elle fait l’objet. Les sites isolés, destinataires d’aucun lien hypertexte, demeurent ainsi peu visibles, sans « légitimité ». Les sites abondamment cités deviennent en revanche, aux yeux de Google, des sites de référence. Cet algorithme original donne des résultats impressionnants.

Le système présente pourtant déjà un inconvénient : les sites nouvellement créés sont handicapés et ne deviendront visibles que s’ils parviennent à attirer l’attention de sites déjà bien établis. « PageRank repose sur la nature purement démocratique du Web », affirment les fondateurs de Google, qui doivent néanmoins concéder que « les votes issus de pages elles-mêmes importantes comptent plus et aident à rendre d’autres pages importantes ». Une démocratie étonnante, où les acteurs déjà influents disposent d’un droit de vote beaucoup plus important que les nouveaux entrants.

Chasseurs de renommée
Une anecdote rapportée par Andrew Orlowski dans The Register est instructive (6). Le 17 février 2003, un article publié à la « une » du New York Times décrivait le mouvement de protestation antiguerre comme l’émergence d’une seconde superpuissance. « Les immenses manifestations anti-guerre à travers le monde ce week-end, assurait-il, nous rappellent qu’il existe sans doute encore deux superpuissances sur la planète : les Etats-Unis et l’opinion publique. » Cette expression fut rapidement reprise par le secrétaire général des Nations unies, M. Kofi Annan. Une recherche sur l’expression « second superpower », confiée à Google les semaines suivantes, renvoyait bien à cette définition originale.

Un universitaire de Harvard, James F. Moore, décidait alors d’allumer un contre-feu : le 31 mars, il inaugurait son site personnel par un article intitulé « La seconde superpuissance dévoile son beau visage (7) ». Un texte des plus anodins, dans lequel le terme de « seconde superpuissance » réapparaissait dans une version édulcorée propre à séduire même un membre du Parti républicain. D’autres « techno-utopistes » allaient alors se reconnaître dans sa pensée et, par leurs recensions très influentes sur le réseau, faire de son obscur article « la » référence sur le sujet. De fait, un mois plus tard, 27 des 30 premières réponses proposées par Google pour la recherche « second superpower » renvoyaient à sa version aseptisée. James Moore, expert en stratégie économique, technologie et leadership, savait ce qu’il faisait.

« Il aura fallu des millions de personnes de par le monde pour forcer " the Gray Lady" (le New York Times) à décrire le mouvement antiguerre comme la "deuxième superpuissance" ; il aura suffi d’une poignée de "weblogueurs" (8) référençant son article pour que celui-ci, en vertu de l’algorithme PageRank de Google, bénéficie d’une légitimité telle que sa définition inoffensive écrase toutes les autres, constate Andrew Orlowski. Si le moteur de recherche était votre principale vision du monde, vous auriez du mal à croire que l’expression "deuxième superpuissance" puisse signifier autre chose. Son sens original a quasiment disparu. »

Pour Andrew Orlowski, l’anecdote révèle que « Google n’est pas "authentique", mais "synthétique" » : une recherche ne renvoie pas vers la principale référence sur le sujet, mais vers son acception la plus largement référencée. Un phénomène amplifié par la législation sur le droit d’auteur, qui interdit la publication en ligne des écrits qu’il protège. Si une recherche sur Raoul Vaneigem renvoie bien vers certains de ses textes (plusieurs de ses livres étant disponibles en ligne), vous n’obtiendrez en revanche, pour la plupart des auteurs, qu’une invitation à acquérir leurs ouvrages et, dans le meilleur des cas, la recension d’un livre faite par un internaute. Une situation que l’on pourrait comparer à celle d’une bibliothèque qui, devant renoncer au prêt gratuit de ses ouvrages, ne pourrait plus proposer que les fiches de lecture rédigées par ses adhérents.

Cette absence d’écrits de référence favorise les prises de position sur ce terrain de jeu idéologique. Et, curieusement, ce pouvoir symbolique - cette capacité de faire prévaloir sa perception d’un sujet donné - est l’un des rares à échapper encore à la structure habituelle de distribution du pouvoir. L’idéologie dominante n’y est pas surreprésentée, bien au contraire : une recherche lancée sur le nom d’un ministre de l’intérieur adepte des charters vous orientera vers des associations de défense des sans-papiers ; interrogé sur un homme d’affaires, Google pourra négliger ses communiqués de presse et raviver le souvenir des scandales financiers auxquels il a été mêlé. En réalité, le pouvoir d’influence des différents acteurs dépend surtout de leur degré d’appropriation du réseau : il ne suffit pas de développer un site, il faut également être capable de tisser des liens avec les autres sites et d’obtenir une reconnaissance de « ceux qui comptent » sur le réseau.

Si beaucoup bénéficient ainsi en toute bonne foi de la reconnaissance de leurs écrits, d’autres savent exploiter savamment les faiblesses de l’outil. Certaines agences se font ainsi une spécialité de réaliser, pour le compte de divers lobbies, des sites d’information dont le contenu pourrait à première vue laisser penser à des dépêches d’agence. Cette objectivité apparente suffit souvent à leurrer l’internaute qui, croyant à une information sérieuse, pourra être tenté de la référencer sur son propre site... et donc de lui accorder un pouvoir symbolique dont elle pourra profiter par la suite.

Certains sujets sensibles, comme les organismes génétiquement modifiés ou le conflit israélo-palestinien, font ainsi l’objet d’une lutte acharnée dans laquelle chacun s’efforce de rendre son idéologie « plus légitime » aux yeux de Google. Au point que le responsable d’un site Internet de référence - aux yeux de ce moteur de recherche tout au moins - a récemment eu la surprise d’être démarché par un intermédiaire commercial d’un genre un peu particulier : « Je suis intéressé par l’achat de liens hypertexte sur votre site afin de promouvoir les sites de nos clients. Ces liens n’ont pas besoin d’être spécialement mis en évidence sur votre site, dans la mesure où nous n’en attendons pas de retombées directes en termes de visites. Votre site étant apprécié des moteurs de recherche, ces liens permettraient d’augmenter la visibilité de ces sites sur les moteurs. » Parmi ses clients, cet expert en renommée mentionnait sites financiers, agences de voyage et entreprises pharmaceutiques.

C’est sans doute face à toutes les questions à caractère politique, sur lesquelles des points de vue radicalement différents coexistent sur la Toile, que Google montre vraiment ses limites : ses critères mathématiques peuvent privilégier de facto certaines opinions et accorder une pertinence indue à des écrits ne reflétant que l’opinion de quelques-uns. L’assise et la surreprésentation dont ont bénéficié les « premiers arrivés » sur le Réseau, la densité des liens qu’ils entretiennent (notamment à travers le phénomène essentiellement américain des weblogs), désignent - mathématiquement - les « maîtres à penser » actuels de Google. Certes, l’outil a brillamment fait ses preuves pour les questions techniques ou pratiques. Mais il est des domaines où la pertinence échappe aux algorithmes.

Pierre Lazuly

Source: Archives du Monde Diplomatique
Octobre 2003